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vendredi 13 octobre 2017

Barnum Circus on the Docks

Barnum Circus on the Docks

Economie(s) d'échelle(s) ?

*   *   *

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre » (George Orwell)
Le fait que les tractations relatives au TiSA (Trade in Services Agreement) ou au traité transatlantique (TTIP) sont, aujourd’hui, organisées en dehors de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) est révélateur de l’ornière dans laquelle cette dernière est embourbée. Dans un premier temps, cette analyse fera le point sur l’histoire de l’OMC afin de statuer sur la situation de crise que traverse, aujourd’hui, cette organisation internationale.
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Note de blog
Wikipedia en dit ceci: 
Parmi les cinq pays composant les BRICS, la Chine, l'Inde et le Brésil sont considérés comme les grandes puissances émergentes actuelles. La Russie est une puissance en voie de restauration. Quant à l'Afrique du Sud, il s'agit encore davantage d'une puissance régionale. En 2015, les BRICS sont respectivement les neuvième, douzième, septième, deuxième et trente-troisième puissances mondiales (au sens du PIB nominal)3 et septième, sixième, troisième, deuxième et vingt-cinquième en parité de pouvoir d'achat. En dix ans, leur place dans l'économie mondiale a ainsi fortement progressé : 16 % du PIB mondial en 2001, elle atteint 27 % en 2011 et pourrait atteindre, selon certaines projections, 40 % en 20254.
Les pays développés produisent aujourd'hui moins de la moitié de la richesse mondiale à la suite de la poussée économique des grands pays émergents (dont les principaux : Brésil, Chine, Inde, Russie) mais aussi de celle d'autres pays en développement (dont l'Afrique du Sud)5. En 2011, le PIB nominal cumulé des BRICS s'élevait à 11 221 milliards6 pour une population totale de près de 3 milliards d’habitants (soit 40 % de la population mondiale). En 2014, les BRICS affichaient un PIB nominal cumulé de plus de 14 000 milliards de dollars7,soit pratiquement autant que celui des 28 pays de l'Union européenne réunis (18 874) et proche de celui des États-Unis (17 528).

Certains économistes parlent également des CIVETS8,9 voire des MINT10 ou des BENIVM pour prendre le relais des BRICS en termes de croissance économique.
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Plus précisément, ce texte reviendra sur les enjeux que pose cette crise en ce qui concerne la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). A cet égard, la thèse manichéenne présentant un front unitaire des BRICS face à l’Occident nous semble devoir être nuancée. Nous développerons nos arguments à ce sujet dans la dernière partie de ce texte.
De round en round…
Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le commerce mondial a fait l’objet de mesures progressives de libéralisation. En 1947, vingt-trois pays1 réunis à Genève concluent le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade)2. Objectif : relancer le commerce international par le biais d’un allègement des barrières tarifaires. Sous l’ombrelle du Gatt, l’agriculture n’a pas été placée en dehors du champ des négociations mais a fait l’objet de dérogations aux règles du droit commercial multilatéral3. En y regardant, d’ailleurs, d’un peu plus près, il serait, cependant, parfaitement erroné de ne pas mentionner l’agriculture4comme faisant partie intégrante des pourparlers dans le cadre du Gatt. C’est ainsi que lors du Kennedy Round de 1963, le secteur des céréales est inclus dans les négociations. « Face à la menace de fermeture du Marché commun consécutive à l’adoption des principes et des premiers règlements de la politique agricole commune (PAC), les États-Unis voulaient obtenir soit un maintien des échanges existants, soit une garantie d’accès à un niveau négocié »5. Un compromis a minima voit le jour. Il « concerne l’aide alimentaire, prévue sur trois ans et financée par les grands pays industrialisés (en dépit des réticences japonaises) et dont le bénéfice va aux farmers américains, mais aussi aux céréaliers de la Communauté, au premier rang desquels les Français  »6.
Cinq rounds de négociation sont organisés de1947 à 1973 et portent exclusivement sur les droits de douane. La question du dumping sera intégrée lors du Kennedy Round qui a duré de 1964 à 1967. Pour mémoire, le dumping consiste en l’exportation d’un produit à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché intérieur d’origine7. En 1973, lors du Tokyo Round8, les barrières non-tarifaires sont intégrées dans les pourparlers. A l’occasion du Tokyo Round (1973-1979), les discussions changent de nature. En effet, c’est à cette occasion que la pratique des accords-cadres voit le jour. Alors que jusque-là, les discussions s’étaient limitées à des questions techniques, elles comportent, à partir de cette époque, de véritables points politiques puisqu’elles ont pour fonction d’énoncer des principes (soit le contenu d’une ligne politique). Et bien que le Gatt ne jouisse pas du statut d’organisation internationale, on pointera, au passage, une autonomisation certaine par rapport aux gouvernements. « Les Accords du Tokyo Round de 1979 vont progressivement mettre en place un « nouveau GATT ». Il ne s’agit pas seulement d’une réforme des principes et des règles du GATT, mais d’une véritable refonte du système commercial multilatéral (…). Cette refonte sans précédent du système commercial multilatéral s’est opérée sans que soient utilisées les procédures normales de révision de l’Accord général  »9.
Concomitamment, on note une mise sur le banc de touche du politique pour le plus grand bénéfice des experts. C’est ainsi que dans la foulée du Tokyo Round, le Trade Act de 1975 donne au président des États-Unis un pouvoir de négociation des accords commerciaux sans véritable contrôle et sans droit d’amendement par le Congrès. Et au passage, ce même Trade Act a rendu possible la création d’un comité de supervision comprenant des représentants de l’industrie.
On observe une évolution similaire du côté européen. A cette époque, sur le Vieux Continent, c’est la Commission européenne qui se profile comme institution faisant office de pied-de-biche en faveur du libre-échangisme. Jusque dans les années septante, les États membres étaient souverains pour ce qui est de la coordination de leurs relations commerciales avec l’extérieur. Ce principe général va évoluer à l’époque du Tokyo Round dont la Commission européenne initiera le processus de négociation10. Cette initiative n’aurait peut-être pas vu le jour sans la création, à la même époque, de la Commission trilatérale. La Commission trilatérale fut fondée en juillet 1973 à l’initiative David Rockefeller. « La Commission entend alors devenir un organe privé de concertation et d’orientation de la politique internationale des pays de la triade (États-Unis, Europe, Japon) »11. Un des partisans de la Commission trilatérale, le sénateur US Barry Goldwater12y voyait « un effort habile et coordonné pour prendre le contrôle et consolider les 4 centres de pouvoir : politique, économique, intellectuel et ecclésiastique [à travers] la création d’un pouvoir économique mondial supérieur aux gouvernements nationaux impliqués  »13. On notera la participation d’Edmund Peter Wellenstein, Directeur Général, à l’époque du Tokyo Round, des relations extérieures à la Commission européenne (1973-1976), à la conférence plénière de la Commission trilatérale de Tokyo en 1985. Il laissa, pour la postérité, une contribution aux actes de cette conférence dans laquelle il déclarait que « les pays de la trilatérale constituent les piliers de l’ordre économique mondial (…). Cet ordre peut sembler bancal ou incomplet mais il n’y en a pas d’autre (…) »14. La globalisation néolibérale était en marche dès le milieu des années septante.
Le grand tournant
Et à y regarder de plus près, établir une correspondance terme à terme, à l’instar de la mouvance altermondialiste, entre la montée du libre-échangisme et la fin de la guerre froide apparaît téméraire15A contrario, nous privilégierons une analyse mettant davantage l’accent sur un ensemble de facteurs socioéconomiques au détriment d’hypothèses d’ordre géopolitique. A cet égard, il nous semble davantage porteur d’un point de vue explicatif de nous focaliser sur la situation économique des nations occidentales dans les années septante. Dès le début de cette décennie, on observe, en effet, une baisse du taux de profit au sein des économies développées.

La baisse du taux de profit s’est produite dès le milieu des années soixante dans les économies anglo-saxonnes (États-Unis et Grande-Bretagne). En Allemagne, ce tournant a été plus tardif. C’est à la lisière des années septante que les profits commencent à baisser au pays de Goethe. Et c’est seulement à partir de 1975 que l’économie française connaîtra ce même mouvement de tassement des profits.
Le philosophe et sociologue marxiste Nicos Poulantzas16 a synthétisé l’apport des crises au capitalisme en les qualifiant de « paroxysmes darwiniens » dans la mesure où elles permettent d’amorcer une phase de concentration du capital qui rendra ultérieurement possible une augmentation du taux de profit en éliminant les acteurs les moins performants. Dans cette perspective, l’ouverture des frontières et le libre-échange ont joué un rôle de première importance dans la mesure où ils ont étendu le terrain de la compétition.
Comme dit auparavant, le taux de profit atteint un plus bas au début des années quatre-vingt. Par la suite, la remontée du taux de profit est généralisée et constante.
Trois fléchissements notables s’observent cependant. Ces mouvements baissiers se produisent à l’occasion de la récession du début des années nonante, lors de l’éclatement de la bulle internet aux alentours de 2001 et immédiatement après la crise de 2007-2008. Chacun de ces épisodes a donné lieu à un approfondissement de l’internationalisation des échanges commerciaux et de la liberté de circulation des capitaux depuis les années quatre-vingt.
Et rien ne semble, pour l’heure, modifier de façon substantielle la donne qui prévaut depuis cette époque. A ce propos, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une source peu suspecte de sympathie envers l’hétérodoxie économique, dressait, en son temps, un constant accablant de l’investissement transnational.
 « Le poids relatif des différents modes d’entrée de l’IDE a évolué ces dernières années. Les fusions-acquisitions ont gagné en importance, tandis que les investissements dans les nouveaux projets ont régulièrement cédé du terrain. Entre 1980 et 1999, la valeur des fusions et acquisitions a augmenté tous les ans de 42% en moyenne (…). Près des 4/5èmesde l’IDE sont désormais consacrés à des fusions et acquisitions  »17. S’il est vrai que la crise financière de 2007-2008 s’est accompagnée d’une baisse des fusions-acquisitions, on note, depuis quelques années, un regain d’activité dans ce domaine de sorte que « l’accroissement des flux mondiaux d’IED en 2011 a été alimenté en grande partie par les fusions-acquisitions internationales »18.
Cette stratégie d’accumulation correspondant à un mode de croissance de plus en plus externe des entreprises favorise la centralisation du capital et ce faisant, la possibilité de jouer les sites de production les uns contre les autres. Ce faisant, la remontée des profits a pu s’organiser, depuis les années quatre-vingt, via une dépréciation du facteur travail qui se traduit, dans la comptabilité nationale, par une baisse de la part des salaires à l’intérieur du PIB.

Part des salaires dans le PIB (%)
Années 60
1982
2005
Différence 2005-1982
Différence 2005-années 60
France
62,4
66,5
57,2
-9,3
-4,1
Europe
63,2
66,3
58,1
-8,2
-5,1
G7
66
67,5
61,5
-6
-4,5
Chine
n.d
53,6
41,4
-12,2
n.d
n.d : donnée non disponible.
Source : Husson Michel, La hausse tendancielle du taux d’exploitation, Inprecor, n°534-535, janvier-février 2008.
On voit clairement que l’effort productif du facteur travail a été moins rémunéré à partir des années 80 et s’est traduit par une diminution de la part des salaires de l’ordre de 8% du PIB en Europe à partir de 1982. Pour les nations du G7, on enregistre une baisse de la part des salaires comparable (6%). En revanche, on pointera le cas de l’économie chinoise où la part des salaires a, au cours de cette période, baissé de 12%, soit le double des nations développées.

Institutionnalisation
Cette évolution n’a, répétons-le, qu’un rapport indirect avec l’effondrement du « bloc soviétique ». Ainsi, c’est en 1986 qu’est lancé l’Uruguay Round qui portera l’OMC sur les fonts baptismaux. Or, l’Uruguay Round trouve son origine dans une réunion des ministres des Etats membres du GATT de novembre 1982.
Rien d’étonnant à ce que l’agenda des négociations ait mis 4 ans pour être concocté tant il était conséquent. Il envisageait, en effet, de revoir à la baisse les politiques de subsidiation dans l’agriculture, de favoriser les investissements directs étrangers (c’est-à-dire ouvrir grand le champ du commerce aux entreprises transnationales) et de mener à bien le processus de libéralisation du secteur financier. Les négociations de l’Uruguay Round avaient clairement pour but d’étendre le mandat du GATT, ce dont témoigne l’inclusion de services et des droits de propriété intellectuelle au menu des négociations. Enfin, l’Uruguay Round prévoyait une institutionnalisation renforcée de la dynamique de libéralisation des échanges puisqu’au terme de ce round, la création de l’OMC était planifiée. L’Uruguay Round a duré près de huit ans. Et plus de 120 pays ont participé aux pourparlers.
Il s’agissait, à l’époque, de la plus vaste négociation commerciale organisée au niveau mondial. Le 15 avril 1994, les accords résultant de l’Uruguay Round étaient signés à Marrakech. Et, dans la foulée, l’OMC voyait le jour le 1er janvier 1995.
Un nouveau cycle de négociations (le Doha Round) était lancé en 2001. Au départ, ce cycle de négociations devait durer 4 ans. Parmi les 21 points contenus dans la déclaration de Doha, on retrouvait l’ambition de libéraliser l’agriculture et les services. Les mouvements sociaux (surtout au Nord) ont réussi à enterrer l’accord général sur le commerce des services. Parallèlement, les pays du Sud ont toujours refusé de libéraliser leur secteur agricole. Fin juillet 2006, les négociations liées au cycle de Doha sont suspendues.
Le 7 décembre 2013, le paquet de Bali, censé sauver le programme du cycle de Doha, voit le jour. Les piliers du paquet de Bali étaient au nombre de trois. Tout d’abord, un objectif de facilitation des échanges commerciaux était affirmé. Concrètement, il s’agissait d’organiser un allègement des procédures en matière douanière de façon à réduire les coûts du commerce. Ces mesures de facilitation « ne posaient pas de réels problèmes »19. Le paquet de Bali prévoyait également un accès préférentiel aux marchés des pays développés pour les marchandises produites par les Pays Moins Avancés (PMA). D’après l’ODI (Overseas Development Institute, un think tank britannique spécialisé dans les questions de développement), cet objectif a été le moins controversé des trois puisqu’il se limitait à « des intentions pour l’avenir plutôt que des engagements fermes »20. De là à parler de marché de dupes pour les PMA, il n’y a qu’un pas que franchit l’ODI. « Des améliorations en ce qui concernent les règles d’origine et les barrières non-tarifaires auraient été davantage bénéfiques pour les PMA puisque ce sont ces barrières qui bloquent vraiment l’accès au marché21 ».
Le troisième et dernier point du paquet de Bali (à savoir l’agriculture) a, en revanche, posé davantage de problèmes. L’objet de la discussion portait sur le droit des pays en développement à subventionner leurs producteurs. Un bras-de-fer a, à cette occasion, opposé l’Inde aux États-Unis. Sous des dehors techniques, il s’agissait d’un affrontement politique des plus sérieux.
En effet, l’Inde désirait faire évoluer les programmes de sécurité alimentaire en fonction de l’inflation. Il s’agissait là d’une mesure destinée à contrer la volatilité des prix des aliments. Sur ce point, l’Inde était suivie par d’autres pays du Sud (notamment, la Bolivie, Cuba et le Venezuela). Certains pays développés (à commencer par les États-Unis) voyaient, dans ce type de mesures, une forme de barrière protectionniste. La résistance de l’Inde était d’autant plus méritoire que les règles issues de l’Uruguay Round s’opposent formellement à des règles de valorisation à prix courants des stocks de nourriture dans le cadre des programmes de sécurité alimentaire.
Devant cette fin de non-recevoir, l’Inde a proposé qu’un mécanisme intérimaire soit mis en œuvre en attendant une solution définitive. Les États-Unis ont répondu, à ce ballon d’essai, en faisant valoir que les mesures de soutien à l’agriculture du gouvernement indien pouvaient être maintenues pour une période de quatre ans. Et Bali de se conclure sur une note absolument favorable aux intérêts occidentaux. Il était, en effet, convenu, au terme du processus, que l’OMC négocierait une solution permanente au sujet de l’agriculture endéans les quatre ans. Mais vu l’impossibilité en vertu de l’Uruguay Round d’organiser une indexation des programmes alimentaires sur l’inflation, laisser les choses en l’état ne signifiait ni plus ni moins que remettre la pression à plus ou moins brève échéance sur les pays du Sud afin qu’ils libéralisent leur agriculture.
Et ce qui devait arriver arriva. Fin juillet 2014, le représentant indien demandait le report de l'entrée en vigueur du paquet de Bali.
Au total, force est de constater que l’OMC, vingt ans après sa création, est bien en crise. Le fait que les tractations relatives au TiSA, au Traité transatlantique et à l’Accord de partenariat transpacifique sont organisées en dehors de l’OMC constitue autant d’indicateurs de difficultés structurelles. Après l’échec en 2006 du cycle de Doha, une tendance au bilatéralisme et aux coopérations régionales dans les relations commerciales s’est, en effet, affirmée.
La crise profonde que traverse aujourd’hui l’OMC conduit donc à une modification en profondeur du cadre des négociations afférent au commerce international. Le TiSA, par exemple, s’inscrit pleinement dans cette tendance.

C’est, d’ailleurs, en raison de la paralysie dans laquelle se trouve l’OMC depuis 2006, qu’un groupe de pays chaperonnés par les États-Unis a choisi, en 2012, de mettre en œuvre des négociations dans un cadre alternatif. Les récents événements ayant accompagné l’échec de la mise en œuvre du paquet de Bali dans le cadre de l’OMC nous incitent à penser que des démarches similaires au TiSA seront fortement investies politiquement par les États-Unis dans les années à venir.
Bloc contre bloc ?
Que penser de l’impact de cette démarche sur les nations émergentes, à commencer par les BRICS ? Il serait tentant de voir dans la crise de l’OMC une montée en puissance des BRICS face à l’Oncle Sam22. Nul doute, à cet égard, que l’histoire à venir sera moins « occidentalocentrée » que ce que nous avons, jusqu’à présent, connu.
A cet égard, la décision adoptée par les BRICS, à la mi-juillet 2014, de créer la « Nouvelle banque de développement » se posant en alternative à la Banque mondiale et au FMI est historique. La Nouvelle banque de développement aura pour mission première de doter ses membres d’une capacité de résistance face à de futurs chocs financiers. Elle veillera également à aider des nations tierces à faire face aux soubresauts économiques que ne manquerait pas d’occasionner un éventuel relèvement des taux de la Fed (Banque centrale des États-Unis).
Les grands argentiers du monde ne sont plus exclusivement occidentaux. C’est un fait.
On veillera, cependant, à remettre les choses en perspective. Le capital initial total de la nouvelle banque de développement pour les financements de projets d’infrastructure équivaut à 50 milliards de dollars. Le programme de liquidités d’urgence est, pour sa part, capitalisé à hauteur de 100 milliards de dollars23.
En avril 2014, la capacité de prêt du Fmi dépassait les 500 milliards de dollars24. Par ailleurs, le Fmi dispose de deux mécanismes multilatéraux d’emprunt permanents « dont la capacité totale est actuellement (…) 559 milliards de dollars. Si le FMI estime que les ressources qu'il tire des quotes-parts pourraient être insuffisantes pour répondre aux besoins de ses États membres, en cas de crise financière grave par exemple, il peut recourir à ces mécanismes »25. Moralité : le statut d’acteur incontournable du Fmi dans les relations financières internationales n’est que marginalement remis en cause par la Nouvelle banque de développement dont la création reste, par ailleurs, à saluer comme instrument d’autonomisation des BRICS.
En examinant de plus près la crise sévissant au sein de l’OMC, on s’aperçoit que les États-Unis et l’Union européenne assument, sans trop de regrets, la mise en sourdine de l’organisation genevoise. Alors que l’échec du processus de Bali était consommé, l'ambassadeur US Michael Punke, tout en témoignant de sa « profonde déception », faisait valoir que les États-Unis ne feraient pas de concessions supplémentaires quitte finalement à ce que« cette organisation [soit] dans le noir ». L’ambassadeur Punke ajoutait que « beaucoup de membres de l'OMC ont souligné que si le paquet de Bali échoue, il n'y aura pas de post-Bali et nous sommes malheureusement d'accord avec eux  ». Le représentant de l’Union européenne auprès de l’OMC opposait également une fin de non-recevoir aux demandes de l’Inde, du Venezuela et de Cuba. « Nous devons respecter les décisions prises à Bali par les ministres. L'Union européenne n'est pas prête à renégocier des éléments fondamentaux ou des échéances acceptées dans le paquet de Bali  »26. Il est de plus en plus évident que, face à la montée des pays émergents, les États-Unis et leur allié européen tentent de constituer, comme en témoigne les tractations transatlantiques, un bloc occidental de plus en plus intégré sous direction états-unienne.
A cet égard, la mise en sommeil de l’OMC et du multilatéralisme pourrait, à terme, révéler des fissures au sein du groupe des BRICS qui sont de loin de former un bloc unifié et coordonné. Le TiSA se révèle, de ce point de vue, particulièrement intéressant. Les ambitions de ce traité concernant la libéralisation des services vont bien plus loin que celles de l’OMC. Or, on observe un enthousiasme certain de la part du gouvernement chinois quant au contenu du TiSA. Une étude réalisée par PSI (le syndicat international des services publics) mentionnait que la Chine avait demandé à rejoindre les pourparlers (le fait était qualifié d’ « événement majeur » par PSI). Les États-Unis se montraient, pour leur part, réticents à accueillir la Chine à moins que cette dernière ne manifeste un très haut niveau d’ambition.
Il se pourrait que l’Oncle Sam ne soit pas déçu. « Dans le cadre de son dernier plan quinquennal, la Chine a exprimé un nouvel intérêt envers un renforcement de la libéralisation des services et une augmentation des exportations de services ».27 Les secteurs susceptibles d’intéresser les Chinois sont « la finance, le transport maritime et la logistique, les échanges commerciaux, les services professionnels, tels que la justice et l’ingénierie, la culture et les loisirs ou encore les services sociaux, en ce compris l’éducation et les services de soins de santé  »28.
On s’interrogera, avec PSI29, sur le récent enthousiasme du gouvernement chinois pour la libéralisation de services. Nul doute que si la Chine persistait dans cette voie, il en résulterait une pression accrue à la marchandisation des services publics. En particulier, les soins de santé et l’éducation. Cette orientation léserait les intérêts de deux partenaires importants de la Chine au sein des BRICS. En l’occurrence, le Brésil et la Russie, pays dans lesquels des politiques sociales inclusives constituent un élément important de légitimation des gouvernements en place. En fin de compte, rien ne permet d’augurer que les BRICS continueront à parler d’une même voix à moyen terme.

[1] Il s’agit de l’Australie, de la Belgique, du Brésil, de la Birmanie, du Canada, du Sri Lanka, du Chili, de la Chine, de Cuba, de la Tchécoslovaquie, de la France, de l’Inde, du Liban, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Nouvelle Zélande, de la Norvège, du Pakistan, de la Rhodésie du Sud (actuellement Zimbabwe), de la Syrie, de l’Afrique du Sud, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
[2] Traduction française : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (AGCS).
[3] Pontvianne Aymeric, L’agriculture à l’OMC : libéralisation, développement et souveraineté in L’agriculture, nouveaux défis, Insee, Paris, 2007, p.123.
[4] Voir à ce sujet le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?mot1124)
[5] Sicard Pierre, Le Kennedy Round, une entreprise ambiguë in La politique économique extérieure des Etats-Unis au XXe siècle, revue Histoire, économie et société, 2003, 22e année, n° 1, p.68.
[6] Ibid.
[7] Le but du dumping répond à la volonté d’écouler des produits sur un marché extérieur. Si cette production est excédentaire à l'extérieur, le dumping permet alors préserver les marges sur le marché national. Dans un autre cas de figure, le dumping répond à la volonté offensive de prendre un avantage. Dans tous les cas de figure, les faibles marges à l’export sont compensées par des marges plus importantes sur le marché intérieur. Ce différentiel peut, par ailleurs, résulter de l’octroi de subventions gouvernementales
[8] Le dossier agricole ne manque pas d’être abordé lors du Tokyo Round. « Européens et Américains se sont entre-déchirés pendant des mois et des mois pour aboutir à un compromis concernant les produits laitiers et la viande bovine ; en revanche, aucun compromis n’a été obtenu à propos des céréales » (Leboutte René, Histoire économique et sociale de la construction européenne, Peter Lang, Berne, 2008, p.366). Sur la base de ces éléments, une définition du Gatt, fût-elle « alternative », n’incluant pas l’agriculture nous semble audacieuse et, pour tout dire, erronée.
[9] Carreau Dominique, Flory Thiébaud, Juillard Patrick, Chronique de droit international économique in Annuaire français de droit international, vol.25, 1979. p. 582.
[10] Wellenstein Edmond, Les négociations commerciales multilatérales, 1973-1979, dites « Tokyo Round » in Politique Etrangère, n°2, 1979, 44e année, pp.303-304.
[11] Boiral Olivier, Pouvoirs opaques de la Trilatérale, Le Monde Diplomatique, novembre 2003
[12] Barry Goldwater fut sénateur républicain de l’Arizona de 1953 à 1987. Candidat à la présidence en 1964, Goldwater est considéré comme un des hérauts du renouveau conservateur aux Etats-Unis ayant posé les bases du reaganisme dans les années quatre-vingt. A ce sujet, voir Serge Halimi, Quand la droite américaine pensait l’impensable in Le Monde Diplomatique, janvier 2002.
[13] Goldwater Barry, With No Apologies. The Personal and Political Memoirs of United States Senator Barry. M. Goldwater, William Morrow & Co, New York City, 1979, p.284.
[14] The plenary conference of the trilateral commission (Tokyo-1985), Ed.Yoshitsu, Tokyo, 1985, p.27.
[15] A ce sujet, voir Ancelovici Marco, Attac et le renouveau du libéralisme in Raisons Politiques, n°16, novembre 2004, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, pp.45-59.
[16] Poulantzas Nicolas (dir.), La crise de l’Etat, Paris, Presses Universitaires de France, 1976, p.21.
[17] OCDE, L’investissement direct étranger au service du développement. Un maximum d’avantages pour un minimum de coûts, Paris, 2002, p.64.
[18] Cnuced, World Investment report 2012, p.7.
[19] Bassnett Yurendra, WTO Bali Declaration : what doest it mean ?, 6 décembre 2013 (Url : http://www.odi.org/comment/8056-wto-bali-declaration-least-development-countries-trade-facilitation-agriculture-doha-round).
[20] Ibid.
[21 Ibid.
[22] Voir à ce sujet Gelin Romain, L’OMC : un avenir compromis (8 août 2014) sur le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?article1285 ).
[23] The Economist, édition mise en ligne le 19 juillet 2014.
[24] International Monetary Fund Factsheet, Les ressources du Fmi, 4 avril 2014, URL : https://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/finfacf.htm
[25] Ibid.
[26] Reuters, 4 août 2014.
[27] Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, L’ACS contre les services publics, Rapport spécial de la PSI, 28 avril 2014, pp.6-8.
[28] Financial Times, 27 septembre 2013
[29]Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, op.cit.
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mardi 24 mai 2016

Le Camping des Huns

Le Camping des Huns
Le prétendu "néo-libéralisme" hongrois dans
la perspective filmographique de Michaël Haneke

*  *  *
La relative victoire du candidat écologiste autrichien au deuxième tour des élections présidentielles - obtenue "sur le fil du rasoir" grâce aux votes par correspondance, fait transparaître à quel point une société européenne d'économie avancée, bénéficiant d'un fonds social et culturel unanimement reconnu aux sources du patrimoine universel de l'humanité, peut se révéler profondément divisée comme par une faille comparable à une fissure tectonique.

Dans les deux ans, pour les élections législatives, on en aura le coeur net.

Le réalisateur Michaël Haneke - très précisément dans l'une de ses oeuvres intitulée Le Ruban blanc, a mis en lumière de façon magistrale ce hiatus socioculturel, ce sensible problème de psychologie différentielle applicable à des enquêtes sociologiques encore à développer, propres à susciter des analyses d'anthropologie comparée d'où tirer des conclusions certes passionnantes.!

Michaël Haneke a pu bénéficier - un peu comme Angela Merkel.!, d'une éducation protestante "réformée" au sein d'un milieu traditionaliste en matière de moeurs, et conservateur au point de vue social et politique. 

Rappelons que leur enfance se passa pour l'un en Autriche, comme pour l'autre en Allemagne de l'Est à l'ombre (d'un côté comme de l'autre) du Mur de Berlin - pendant que les surplus de l'effort de guerre de l'Oncle Sam étaient notamment réutilisés dans la maintenance  d'une "guerre continue" sur le front coréen d'abord, vietnamien ensuite, et pour garnir d'ogives nucléaires le cordon sanitaire de l'Otan en Europe de l'Ouest autour de l'U.R.S.S.

Or que devons-nous constater en 2016? Dans les critiques adressées à l'auteur de l'article ci-dessous, on remarque une rhétorique habilement construite autour des théories économiques de Thomas Hayek, lesquelles théories n'ont jamais été appliquées par aucun gouvernement ni d'hier ni d'aujourd'hui. 

Dans la mesure où l'un ou l'autre génial homme d'Etat essayait de les mettre en application, c'est alors qu'on verrait se profiler les stigmates de la stagnation économique et sociale, avec son cortège d'injustices vécues au quotidien (déjà sensibles, mais en sourdine) et le masque hideux de la régression culturelle et sociale sur fond de propagande réactionnaire de l'extrême droite.

Ces charmantes personnes de l'extrême-droite parfois ne seraient-elles pas aussi celles qui profitent des entreprises de pillage organisé notamment sur le front des industries extractives en des lieux éloignés qui n'attirent pas les journalistes, comme dans le Nord canadien, ou dans les glaciers du Sud des Andes.

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       9 février 2016 par

Analyse – Aux racines du populisme en Hongrie

Ce qui suit est la traduction d’un article de l’économiste hongrois Zoltán Pogátsa publié dans la « Revue Visegrad » en avril 2014. La Fidesz venait alors de remporter les élections législatives pour la seconde fois consécutive, avec une majorité parlementaire des deux-tiers. Aujourd’hui encore, cette analyse est particulièrement éclairante et permet de comprendre pourquoi le gouvernement du Premier ministre hongrois Viktor Orbán reste populaire.


L’article a été publié le 8 avril sous le titre « Understanding Hungary: The social prerequisites of political democracy ». Il est consultable en anglais sur le site de la Revue Visegrad.


Si le parti conservateur Fidesz de Viktor Orbán a perdu bon nombre de voix depuis sa première élection en 2010, l’opposition en avait perdu beaucoup plus dès 2009, et a été incapable de reconquérir son électorat depuis. Elle est aujourd’hui fragmentée et caractérisée par des rivalités internes entre des dirigeants dont la réputation était déjà en berne cinq ans plus tôt. Ferenc Gyurcsány a quitté le pouvoir avec une cote de popularité de 15%, Gordon Bajnai de 25%, selon les sondages. 58% des Hongrois estiment que ce dernier a gouverné de façon irresponsable et 62% pensent que son passage au pouvoir peut être qualifiée d’« anarchique ».
L’image d’« expert » dont jouit Bajnai chez les libéraux n’est donc pas partagée par la société en général. Enfin, plus aucun ténor ne guide le parti, et aucun bilan critique de sa politique n’a été fait depuis les dernières débâcles : les critiques adressés à la majorité en place laissent donc la majorité des citoyens hongrois de marbre. Pire, c’est même le parti d’extrême droite Jobbik, qui absorbe le vote de protestation et menace de devenir le principal parti d’opposition [il l’est de fait aujourd’hui, ndlr]. L’exemple hongrois illustre parfaitement le vieil adage emprunté à Walter Benjamin : « la montée de la droite est un échec de la gauche »…

Libéral/social-démocrate

On peut s’interroger aussi sur la couleur politique réelle de l’opposition. Dite de gauche, elle est en fait le résultat d’un mélange confus de forces politiques qui ont accepté l’étiquette de « gauche libérale » pour se distinguer de la Fidesz. Mais ce qualificatif est un oxymore. Le libéralisme, tel que représenté par le FDP allemand ou les Libéraux-Démocrates britanniques, relie le libéralisme culturel avec une vision économique favorable du marché. Le libéralisme de gauche n’a donc pas de sens : le courant politique reliant la politique culturelle libérale avec une orientation sociale de l’économie, et une approche centrée sur l’État-providence est la sociale-démocratie. Tertium non datur.
Cependant, dans les anciens États socialistes, même les intellectuels urbains aux valeurs sociales claires hésitent encore à se faire appeler sociaux-démocrates. Dans le même temps, les libéraux qui n’ont jamais réussi à obtenir une majorité, même dans les pays les plus développés économiquement, ont un vrai intérêt à perpétuer cette confusion sémantique. Ils ont profité de la Troisième Voie empruntée en Europe occidentale pour justifier le virage néolibéral des partis socialistes d’Europe orientale, laissés sans identité idéologique claire après la chute du communisme. (Au moins l’Europe occidentale avait-elle développé l’État-providence avant que les sociaux-démocrates ne deviennent néolibéraux. Ce qui n’a pas été le cas en Europe de l’Est.)
C’est précisément ce qui s’est passé en Hongrie, provoquant l’épais brouillard idéologique au sein de la « gauche » hongroise jusqu’à aujourd’hui. Après la transition de 1990, le Parti socialiste, successeur de l’ancien parti unique, a été laissé sans orientation politique claire, sauf pour ce qui est de l’extrême pragmatisme et de l’opportunisme. Depuis lors, il a gouverné la Hongrie dans trois gouvernements de coalition avec leur partenaire minoritaire, les libéraux [SZDSZ, ndlr], dont la popularité n’a cessé de diminuer jusqu’à leur éviction du Parlement.
Les libéraux ont dominé ces coalitions avec un agenda néolibéral et le font encore aujourd’hui au sein de l’opposition. Dans de nombreux domaines comme la création d’emplois, le développement économique, la politique sociale, l’État hongrois n’a mis en place aucune politique ambitieuse, et seule l’attraction des investissements étrangers a pu bénéficier d’une politique vraiment volontariste. Aucun débat n’a pu être abordé sur l’adoption d’un modèle de développement, allemand (Rheinland), scandinave d’État-providence négocié, ou même français ou d’Extrême-Orient. L’obsession pour les modèles théoriques de capitalisme basé sur le marché – qui en réalité n’existe nulle part – a conduit à des salaires faibles et à une économie faible, accueillant les activités à faible valeur ajoutée des fins de chaînes de production des multinationales, provoquant des dégâts sociaux considérables.
Comme la plupart des pays de la région Europe centrale et orientale, le taux d’emploi en Hongrie est resté bien en deçà de la moyenne de l’UE. L’écart de productivité avec l’Europe occidentale, lui, a augmenté depuis l’adhésion à l’UE, comme la différence de salaire. Dans ces domaines, la Hongrie ressemble à la quasi-totalité de la région de la CEE. A parité de pouvoir d’achat, le salaire moyen hongrois – situé à environ 30% de la moyenne de l’UE – offre un niveau de vie comparable au cinquième le plus bas des sociétés d’Europe occidentale. Toutefois, environ deux tiers des Hongrois vivent en dessous de ce niveau de revenu moyen ! Quatre millions d’entre eux ont des revenus inférieur au seuil vital de subsistance, selon le Bureau central de la statistique. Environ trois millions de Hongrois ne font que survivre d’un mois à l’autre. Les prix de la nourriture et de l’énergie équivalent à 83% de la moyenne de l’UE, 85% pour les tissus, 95% pour les chaussures, 71% pour les transports, et ceux de la communication à 109%…
A parité de pouvoir d’achat, le salaire moyen hongrois – situé à environ 30% de la moyenne de l’UE – offre un niveau de vie comparable au cinquième le plus bas des sociétés d’Europe occidentale. Toutefois, environ deux tiers des Hongrois vivent en dessous de ce niveau de revenu moyen !
En 2009, dernière année du parti socialiste au pouvoir, la Hongrie (avec le reste des pays formant le groupe de Visegrad) était l’un des pays consacrant le moins d’argent pour les dépenses sociales dans l’Union européenne. La Hongrie y consacrait alors 23,5% de son PIB, et d’autres pays de la région encore moins : 20,4% pour la République Tchèque, 19,7% pour la Pologne et 18,8% pour la Slovaquie. Contre une moyenne de l’Union européenne de 30,3%… Les pays méditerranéens, réputés pour avoir des régimes de protection sociale peu développés, ont également des dépenses supérieures à celles de la Hongrie (Espagne 25%, Portugal 26.9%, Italie 29,8%). Sans parler des États-providence scandinaves à part entière (Suède 32,1%, Danemark 33,4%). La comparaison est d’autant plus surprenante que la Hongrie a une population très âgée, l’un des plus faibles taux d’emploi de l’UE, ainsi que l’une des pires situation en termes de santé de ses citoyens. Les dépenses sociales par personne s’élèvent à € 3478 (en parité de pouvoir d’achat), ce qui demeure deux à trois fois moins important qu’en Europe occidentale…
Qui plus est, la «gauche » libérale a laissé en héritage un système de «redistribution perverse», comme le désigne Zsuzsa Ferge, professeur de sciences politiques. En 2009, à la fin de leur mandat, les politiques sociales permettaient en réalité une redistribution des richesses à l’envers : du bas de la société vers le haut ! Ainsi la Hongrie (une fois de plus, comme les autres États de la région) a beau avoir un coefficient de Gini (indicateur qui mesure l’inégalité des revenus) relativement faible en comparaison internationale, cela cache le fait que la participation de la Hongrie à l’économie mondiale est caractérisée par un mélange d’activités à faible valeur ajoutée et de bas salaires, et qu’en réalité c’est la distribution assez uniforme des revenus qui permet de faibles inégalités.
Une autre dimension caractéristique de l’État-Providence hongrois est l’éducation. Selon des recherches menées par le spécialiste de l’éducation Péter Radó sur les données internationales de PISA, 72% du niveau de scolarité des étudiants hongrois est déterminé par l’endroit où l’école est située. Le chiffre correspondant pour la Finlande est de 8%. Ainsi, même la mobilité scolaire est à l’arrêt.
Il y a vingt-cinq ans, au moment de la transition, les Libéraux s’imaginaient que les citoyens socialisés dans une société soviétique se transformeraient en un claquement de doigts en citoyens d’une société ouverte et de libre compétition. En réalité, seule une couche très étroite de la société hongroise est en mesure de rivaliser, de développer une entreprise bourgeoise et l’ethos civique, de profiter d’une réelle mobilité, et de demeurer indépendante des réseaux clientélistes et du populisme. Et cette couche étroite se trouve déjà au sommet, le reste de la population ne disposant pas des ressources privées nécessaires. En conséquence, l’extension de cette élite grâce au marché, tel qu’imaginé par les néolibéraux, est un vœux pieux.
« Seule une couche très étroite du haut de la société hongroise est en mesure de rivaliser, de développer une entreprise bourgeoise et l’ethos civique, de profiter d’une réelle mobilité, et de demeurer indépendante des réseaux clientélistes et du populisme ».

Les conditions préalables de la démocratie politique sociale

Mais la question n ‘est pas seulement économique : la démocratie est également impactée. Comme Gosta Esping Andersen (et Barrington Moore) nous le rappelle, la démocratie est possible seulement en présence d’une large classe moyenne. Il définit les individus appartenant à la classe moyenne comme ceux possédant l’indépendance matérielle et un niveau d’éducation permettant de suivre et de prendre part au débat public. Dans une société post-communiste comme la Hongrie, les deux manquent. Dans cette société appauvrie, seule une très mince couche supérieure de la société dispose de l’indépendance financière pour rester à l’écart des réseaux clientélistes de patronage qui se tissent à travers la société hongroise. Le reste de la société préfère les achats populistes concrets aux promesses de long terme dont ils ont assez.
Quant à l’éducation, selon les données du recensement de 2005, plus de la moitié de la société possède un niveau d’éducation inférieur à un examen final de l’école secondaire. Seulement 25,2% avaient un niveau égal à ce diplôme, et 11,7% possédaient un diplôme universitaire. Bien sûr, il est insensé de penser que les niveaux d’éducation correspondent de manière déterministe à la compréhension des affaires publiques, mais dans un monde où on attend des électeurs qu’ils se prononcent sur l’énergie nucléaire et l’Union monétaire européenne, il est probable qu’il s’agisse d’une correspondance stochastique. Compte tenu de la qualité de l’enseignement supérieur de la CEE, même les diplômés universitaires sont suspectés d’être parfois peu compétents. Pouvons-nous donc être surpris par les explications superficielles des citoyens pour justifier leurs choix politiques ? Pourquoi y-a-t-il si peu de discussions autour des conditions sociales d’une démocratie politique ?

L’ethnicisation remplace les classes sociales

On pourrait penser que dans une société si paupérisée, la gauche politique devrait être capable de capter l’attention des électeurs par une rhétorique économique de classe. Or, ce type de narration est absent en Hongrie. Les socialistes ont rejeté un tel vocabulaire, craignant qu’il ne rappelle leur passé dictatorial. Les libéraux, qui ont superposé leur idéologie sur celle des socialistes, ne pensent naturellement pas en termes de classe. Comme Antonio Gramsci l’a souligné, ils créent un discours hégémonique dans lequel les intérêts de la classe moyenne sont représentés dans le discours public comme étant universalistes. La « gauche » hongroise utilise un langage libéral quand il s’agit d’économie.
Avec leurs problèmes de gouvernance et de corruption, les politiciens socialistes ont besoin d’une légitimation pour conserver leurs électeurs. Ils l’ont trouvé dans le jeu de la diabolisation mutuelle souvent joué par les partis de l’entente, auquel le Fidesz de Viktor Orban participe également volontiers. La droite accuse les socialistes d’être anti-nationaux, tandis que les socialistes accusent la Fidesz d’être antidémocratique. Ils arguent qu’Orbán et le Fidesz sont en quelque sorte non-Européens et en dehors des limites de la démocratie. Cette rhétorique a été considérablement affaiblie par le fort soutien que le Parti Populaire européen a prêté à Orbán. Le PPE l’a approuvé institutionnellement lors du débat au Parlement européen concernant le rapport Tavares critiquant la démocratie hongroise. Joseph Daul, le Président du PPE a même qualifié Orbán de « meilleur leader de la Hongrie » lors d’un rassemblement à Budapest au cours de la campagne électorale de 2014. De plus, les électeurs ont échoué à comprendre pourquoi les socialistes et leurs alliés libéraux ont pris part au Parlement et aux élections d’Orban, désignant le premier comme étant creux et le second comme injuste. La rhétorique affaiblie du camp socialiste-libéral a conduit à une incapacité à attirer les électeurs.
Le parti qui a réussi à attirer les voix contestataires de ceux qui se sont détournés de la Fidesz a été le Jobbik d’extrême droite. Leur vision ethnicisée du monde a ainsi trouvé un écho auprès des électeurs qui avaient été socialisés dans la narration ethnicisée de l’ancien système éducatif hongrois et avec les débats publics qui ne proposaient pas de discours de classe alternatif. Les Juifs sont ainsi considérés par ces électeurs comme étant l’élite en place, les Roms comme la sous-classe gênante.
« Les Juifs sont ainsi considérés par les électeurs du Jobbik comme étant l’élite en place, les Roms comme la sous-classe gênante ».
L’absence de théorie basée sur la classe a une longue tradition dans le 20ème siècle hongrois. La République des Conseils de 1919 a complètement discrédité la gauche radicale. Ensuite, dans un pacte entre les sociaux-démocrates et le régime Horthy, même la gauche modérée a accepté un niveau extrême d’auto-limitation en échange d’une exemption de persécutions. Ils ont accepté d’être interdits d’organisation avec les syndicats. En étant présents au Parlement avec une fraction dont la taille avait été plafonnée, ils ont même légitimé le régime Horthy comme une démocratie formelle. Avant la 2ème Guerre mondiale, le discours social-démocrate basé sur la classe était ainsi presque absent en Hongrie.
Les discours ethnicisés l’ont alors remplacé. Comme le montre l’historien Krisztián Ungváry, le rôle des Juifs dans le développement du capitalisme a été un phénomène plus marqué en Hongrie que partout ailleurs en Europe. Les professions capitalistes typiques (entrepreneurs, journalistes, avocats, médecins, etc.) étaient dominés par les Hongrois d’origine juive à hauteur de 50 à 75%, qui ont été désignés par le droit hongrois comme «étrangers». Budapest, la forteresse du capitalisme hongrois, abritait plus de 20% de Juifs. Dans le même temps les inégalités sociales du régime Horthy étaient choquantes. 80% de la société ne possédait que 40% de la richesse et 65% à 80% de la population vivaient en dessous du minimum vital. En dépit de l’afflux massif de Hongrois « de souche » des pays voisins, la Hongrie souffrait d’une énorme émigration. La politique sociale était inexistante.
En raison de la rhétorique dominante du droit, les inégalités sociales ont été interprétées comme des différences ethniques. Un «changement de garde», avec le remplacement des Juifs par des Hongrois à des postes importants, était en permanence à l’ordre du jour. Le résultat dramatique de cette hystérie qui s’amplifiait se conclut par la mort de 600 000 Hongrois d’origine juive dans l’Holocauste.
Après la seconde guerre mondiale , le régime de l’État socialiste persécuta les meilleurs dirigeants sociaux-démocrates et discrédita la gauche hongroise. En 1989, toutes les idées rappelant aux gens la rhétorique communiste étaient perçus comme stupides et risibles. Hayek et la critique de l’économie planifiée de l’école autrichienne sont alors devenus populaires, à une époque dominée par Thatcher et Reagan.
Les socialistes hongrois se sont laissé dominer par l’idéologie néolibérale de leurs partenaires libéraux. La détresse sociale qui en a résulté a déjà été évoquée. Beaucoup de Hongrois défavorisés, scolarisés dans des narrations ethnicisées, ont une fois de plus commencé à interpréter le monde par le seul cadre d’analyse à leur disposition. Les plus modérés ont été attirés par le discours de Viktor Orbán de la «lutte pour la liberté» hongroise contre l’UE et le FMI. Les plus radicaux se sont une fois de plus mobilisés contre une « élite juive » et contre un «Tsigane de sous-classe, paresseux et parasitaire ». Le sort des Roms est particulièrement crucial ici. Les sondages indiquent que près de 80% des Roms appartiennent au cinquième le plus pauvre de la société hongroise (ce qui, bien sûr, ne signifie pas qu’ils en forment la majorité, même dans ces cohortes pauvres.) Les Roms ne côtoient presque que d’autres Roms, ce qui limite sérieusement le capital social et limite sensiblement la mobilité et la distanciation de la culture de la pauvreté. Presque aucun Rom n’obtient de diplôme universitaire, et ils sont massivement sous-représentés même à des niveaux d’enseignement intermédiaires. Le grand public outré, ne voit que les Roms qui vivent de l’aide sociale ou condamnés à vivre de larcins, renforçant ainsi les stéréotypes. La Cour des comptes hongroise a publié un rapport sur les politiques roms post-transition, et les a décrites comme fracturés, incohérentes et inefficaces en tant que politique publique. L’idée que la société fournit toute l’aide dont un individu peut avoir besoin et que pourtant les Roms continuent à en abuser est fausse, c’est en fait l’inverse qui est vrai !
Une politique de fond pour améliorer la condition sociale des Roms n’a encore jamais vu le jour dans cette période post-transition en Europe centrale et orientale. Les coalitions socialo-libérales hongroises n’ont jamais créé, financé ou géré de politiques publiques qui auraient permis à la classe ethnicisée et marginalisée des Tsiganes de combler le retard créé par des siècles d’inaction. […] Il faudrait un « système « aveugle aux couleurs » pour l’éducation, l’emploi, la politique sociale, les transports publics et les soins de santé, qui créerait l’égalité de fait plutôt que l’égalité des chances tout à fait insuffisante, toujours évoquée mais jamais atteinte à ce jour. « Monsieur tout-le-monde » a cette sous-classe ethnicisée constamment en tête. Leur «mode de vie parasitaire» est vivement pointé du doigt par les masses aux faibles niveaux de vie, bien que les dépenses sociales totales consacrées aux 10% les moins fortunés de la société, (y compris celles pour les non-Roms), ne représentent pas plus de 1,6% du PIB. Des montants d’un ordre équivalent disparaissent des budgets de l’État sous la forme de corruption et de clientélisme, ou sont consacrés à un État inefficace et à sa mauvaise politique économique. Cela est bien entendu beaucoup moins visible, et les citoyens se sentent impuissants pour renverser la situation. Il est plus aisé et psychologiquement plus apaisant de cibler son indignation non pas sur l’abstrait, l’inconnu et le lointain, mais contre ceux qui sont présents, familiers, troublants et avec qui l’on est en conflit direct.
Les droits humains sont sans aucun doute centraux. Les campagnes anti-racistes sont vitales. Mais au-delà des questions de discrimination, la question tsigane reste un défi socio-économique. La hausse durable de la pauvreté chez les populations roms d’Europe orientale exige un État-Providence avec une politique volontariste.
On fait souvent remarquer que le Jobbik d’extrême-droite est le parti le plus populaire chez les jeunes. On ne peut comprendre le ressentiment de ce groupe que lorsque qu’on prend en compte des statistiques assez parlantes : le chômage des jeunes est de 30%, 47% des 18-35 ans sont contraints à vivre chez leurs parents, 75% d’entre eux sont incapables d’auto-suffire à leurs besoins, et ceux qui le peuvent n’épargnent qu’en moyenne 32 € par mois.

Les élections de 2022 sont toujours ouvertes

La nuit de l’élection après la large défaite [au printemps 2014, ndlr], les leaders de la « gauche libérale » se sont engagés à rester plutôt que prendre leur responsabilité. Ils formeront l’opposition de la « Gauche libérale » au Parlement. Avec leur présence, ils perpétueront la majorité des 2/3 de la Fidesz jusqu’en 2018. Les élections de 2022 sont toujours ouvertes…

4 Commentaire

  1. Zoltán Pogátsa est surtout un idéologue gauchiste alors il est pas vraiment très crédible comme type pour expliquer la montée de Fidesz.
    Comme tout bon gauchiste, il accuse le libéralisme (ou ses variantes: ultralibéralisme et néolibéralisme) alors que contrairement à ses délires, la gauche hongroise n’a jamais été libérale.
    La Hongrie a surtout été victime d’une mafia post communiste qui a pillé la Hongrie à son profit. L’oligarchie n’existe que dans un système dirigiste (socialiste). Le socialisme conduit à la mise en place d’un système oligarchie où l’économie st contrôlé par quelques personnes proches du pouvor. Dans un économie de marché libre, il n’y a pas d’oligarchie possible. Pour avoir un système oligarchique, il faut que l’état intervienne dans l’économie.
    La Hongrie a souffert de cette oligarchie qui l’a pillé. Il n’a rien de libéral là dedans c’est même le résultat du socialisme. Tout pays socialiste finit par devenir oligarchique.
    Le capitalisme de connivence (est quand l’État soutient certaines entreprises, soit qu’il cède à leur pression par corruption, soit que ce soit de sa part une volonté délibérée à des fins politiques) est le résultat de l’étatisme et n’a pas grand chose avoir avec le « vrai » capitalisme ou avec le libéralisme. La gauche était une mafia post communiste qui a pillée la Hongrie. Fidesz a détruit le système oligarchique de la gauche pour en créer un nouveau composé de proches du pouvoir qui pillent la Hongrie.
    Oui, la gauche a pratiqué des privatisations mais il s’agissait pas de libéralisme mais de pillage: on vendait pour une bouchée de pain les entreprises nationales à des amis proches du pouvoir.
    La gauche au pouvoir avait un seul but: s’enrichir. Peut être que pour cet « économiste », libéralisme = rechercher à s’enrichir un maximum mais ce ne p’est pas cela le libéralisme qu’il se renseigne un peu sur ce qu’est le libéralisme.
    Quand aux dits « libéraux » hongrois, ce sont clairement des sociaux libéraux. Le social libéralisme est du socialisme « pragmatique », c’est dans certains pays, la gauche s’est rendu compte du désastre économique qu’est le socialisme alors elle a évoluée en un socialisme intégrant différents éléments libéraux. En gros, l’idée principale c’est que pour pouvoir redistribuer les richesses, il faut en créer. Lisez les grands noms de ce courant et vous verrez par vous même que ce sont des ardents défenseurs de l’état providence. Les sociaux libéraux sont des gens qui veulent
    un état providence qui puisse fonctionner tout en essayant de préserver les entreprises.
    Le mot « néolibéralisme » n’existe pas, ce mot ne veut rien dire, il n’a aucun sens. C’est l’exemple type d’un anti-concept (au même titre que ultralibéralisme). Personne ne se dit néolibéral. Demandez à quelqu’un qui utilise de ce terme néolibéral qu’est ce que cela veut dire ?? quel est la définition ?? Dans bcp de cas, il en sera totalement capable et même s’il arrive, sa définition sera différente de celle d’une autre personne employant aussi ce terme. Demandez à dix personnes leur définition du néolibéralisme, vous aurez de grandes chances d’avoir dix définition différentes.
    Même s’ils ne sont pas d’accord entre eux sur la définition de ce mot, un certain nombres de personnes font diront que c’est un mouvement du début des années 80. Pourtant, le mot néolibéral vient de la fin du 19 siècle et a été utilisé tout au long du 20 siècle même s’il est vrai qu’il a été grandement popularisé par les antilibéraux depuis vingts ans. Les antilibéraux utilisent de ce mot néolibéralisme (tout comme ils utilisent du mot ultralibéralisme) car le mot libéralisme a une certaine connotation positive en tout cas dans sa dimension politique. Un certain nombre de principes fondateurs de l’état de droit et de la démocratie (que l’on appelle démocratie libérale) découle du libéralisme (politique). Voilà pourquoi les antilibéraux pour critiquer le libéralisme préfère utiliser d’autres termes comme néolibéralisme (qui sous entend une déformation du libéralisme) ou ultralibéralisme (qui sous entend un extrémisme).
    L’avantage avec le mot néolibéralisme c’est qu’on peut utiliser ce mot à tort et à travers, on peut utiliser ce mot pour désigner tout ce que l’on veut. De toute facon , tout ce qui va mal c’est de la faute du méchant néolibéralisme (même si l’on sait pas trop ce que c’est). Je trouve cela pathétique.
    En général, avec les gens qui employent le mot néolibéralisme: ce sont soit des antilibéraux qui ne changeront pas d’opinions et qui sont de mauvais soit des gens ignorants (ignorance qui est totalement compréhensible étant donné le climat antilibéral de la France) soit des gens qui utilisent ce mot car cela fait vendre.
    Il y a même des gens utilisant le mot néolibéralisme qui vous disent qu’il est impossible de définir ce mot .
    Si vous demandez aux gens de dire ce sont qui les néolibéraux, là aussi leurs réponses sont très floues. Même si la plupart vous diront que Tatcher et Reagan sont des piliers du néolibéralisme, en général, pour le reste ils ne sont pas d’accord d’entre eux. Une bonne partie disent aussi que Friedman était un néolibéral (sans doute parce que c’est l’économiste libéral le plus connu du 20 siècle, en général, le seul économiste qu’ils connaissent) . Une bonne partie des antilibéraux utilisent le mot néolibéralisme croyent que l’école néoclassique est néolibéral montrant toute leur ignorance de l’économie et de la pensée économique. J’ai déja vu des gens disant que Keynes était un néolibéral
  2. Le parti libéral hongrois est un parti social libéral considéré comme de centre gauche. Si ce parti avait été libérale comme le croit l’auteur, il n’aurait certainement pas été un parti de gauche. Désolé mais entre les sociaux démocrates et les sociaux libéraux, la différence est tenue (pour ne pas dire inexistante). C’est plus au moins la même chose: c’est un socialiste.
    Je reconnais parfaitement que la gauche hongroise n’a jamais été composé de gens pétris d’idéaux socialistes, social libérales ou même de gauche mais qu’ elle était composée d’anciens communistes avides de pouvoir et d’argent. Mais ce n’est pas pour cela que l’on peut les accuser d’être libéraux car n’en déplaise à Zoltán Pogátsa, le gauchiste, ce n’est pas du tout le cas.
    Je ne suis même pas sûr qu’ils peuvent être considérés comme des politiciens, ce sont plutôt des mafieux.
    Tout politicien pratique la démogagogie. Oui, Orban pratique la démagogie maisc’était aussi le cas de la gauche au pouvoir. Bien sûr, il y a une différence de degré.
     » Hayek et la critique de l’économie planifiée de l’école autrichienne sont alors devenus populaires » Ha bon ? Pas mal d’économistes ne connaissent même pas l’école autrichienne. Friedman et le monétarisme sont bien plus populaires et bien plus connu qu’Hayek (en tant qu’économiste libéral). En plus, on peut difficilement nier le fait que les idées d’Hayek n’ont jamais été appliqués. Par exemple, il préconisait la suppression des banques centrales. Il s’est opposé à l’euro.Le courant (ultra dominant) en économie est la pensée néoclassique (pensée qui est elle même composé de plusieurs courants très différents). Or, l’école autrichienne s’oppose à la pensée néoclassique. Rien que cela montre à quel point cette école est marginale.
  3. Il est important de dire que la critique du l’économie planifiée ne vient pas seulement d’économistes libéraux mais de la très grande majorité des économistes(y compris chez la plupart des économistes de gauche). Il y a peu de questions qu font consensus chez les économistes mais la supériorité du libre marché sur l’économie planifiée est l’un des rares consensus chez les économistes (comme les bienfaits du libre échange).
    Attention, bcp d’économistes sont favorable à l’interventionnisme publique (cela ne veut pas dire qu’ils sont favorable à l’économie planifiée, au contraire).
    La plupart des économistes reconnaissent que quand l’état intervient sur le marché, il faut mieux une intervention indirecte (comme une taxe ou une subvention) qu’une intervention directe (comme la réglementation des prix) qui est en générale un désastre.
    On peut parfaitement être favorable à l’interventionnisme public et être contre l’économie planifiée. Il est important de ne pas confondre les deux. En plus, il y a suffisamment d’exemples pour illustrer le désastre de l’économie planifiée et de la la réglementation des prix.
    Sur Hayek, il avait prédit la crise de 29 en 1927 tout comme des économistes autrichiens avaient prédit la crise de 2008. https://www.youtube.com/watch?v=Xh_cfcO5WFU
  4. Le Fidesz n’est pas tant un parti populiste qu’un parti paternaliste. L’auteur confonds paternalisme et populisme. Peut être qu’il ne comprends pas mais une partie de la population (surtout rurale) à savoir l’électorat traditionnelle du Fidesz est demandeur de ce paternalisme.
    L’auteur de l’article ne semble n’avoir jamais discuter avec des électeurs traditionnels du Fidesz.
    Cet article n’a aucun intérêt: Zoltán Pogátsa est bien trop aveuglé par son idéologie pour pouvoir présenter une analyse crédible. En gros, pour lui, ce qui est la cause de l’arrivée au pouvoir du Fidesz, c’est ce qu’il considère comme le mal absolu responsable de tous les maux: le (néo)libéralisme. Si on écoute Zoltán Pogátsa, il aurait suffi que la gauche mène une vraie politique de gauche et elle serait resté au pouvoir indéfiniment et la Hongrie serait le paradis terrestre. Je lui suggérais juste de regarder la situation économique du Vénézuela (le FMI prédit une inflation en 2016 à 720%), elle est catastrophique. Cet article montre surtout à quel point il est idéologue.
    Cet article n’est guère étonnant vu que pour Zoltán Pogátsa, tous les problèmes viennent du (néo)libéralisme. Zoltán Pogátsa serait capable de dire que l’échec du communisme est dû au néolibéralisme.
    Zoltán Pogátsa doit arrêter de prendre ses délires pour des réalités. Je lui conseille vivement d’aller vivre au Vénézuela, le paradis chaviste. Cela nous éviteras de devoir écouter toutes les débilités qu’il dit sans cesse.
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